En 1945, Ulysse n’était pas rentré…

 

01 MARTINE LIT DOCA.ULYSSE 1

 

 

 

 

 

 

 

 

d ULYSSE

 

 

 

 

Dans une lettre aux odeurs d’odyssée, Martine, devenue parisienne en 1971 mais restée par le sang mosellane des Trois frontières, m’avouait récemment qu'elle se sentait par le cœur Auvergnate depuis sa naissance en 1948. Du coup, moi l’Auvergnat, devenu messin en 1966, je m’y perdais un peu...

Avaient heureusement suivi cinquante pages et des photos. À la relecture de ce ressenti plein de pudeurs à géométrie variable, je compris vite que cette dame ne racontait pas sa propre histoire, mais la ”drôle de guerre” d'Ulysse Brasseur, son papa, découverte soixante ans après dans un petit carnet noir.

Je vis aussi qu'elle avait de la mémoire. Du sang lotharingien avait beau couler dans ses veines, elle en savait sans doute autant que moi sur la moustache de Vercingétorix (qu’on voit encore de loin place de Jaude à Clermont-Ferrand) ou sur celle de Guillaume II (qu’on ne peut plus voir, même de près, à l’entrée de la Cathédrale de Metz vu qu’elle y fut rasée de frais en 1919 par un mosellan revanchard).

Sa démarche avait beau se vouloir un geste filial, elle donnait à un Auvergnat mosellisé l’occasion rare de voir de près des Mosellans arvernisés. Le récit qu’elle m’envoyait nous ramenait aux nuages noirs de 1939 alors que ma correspondante avait vu le jour dans les rosiers de l’après-guerre, quasiment une dizaine d’années plus tard. Mais son futur père avait lui, et depuis longtemps, les pieds sur terre. Vaguement conscient que l’orage était proche, Ulysse Brasseur avait gaillardement brûlé sa jeunesse dans le petit univers frontalier qui va de Metz jusqu’au village d’Aboncourt, à une quinzaine de kilomètres au nord-est, donc à cheval sur la ligne de séparation linguistique mais côté Platt.

Nanti d’un esprit pointu, sauf pour le casque, il se faisait probablement du souci pour la suite des évènements alors qu’avec quatre copains de la même fournée, il prenait la pause à la sortie du Conseil de révision. Jusque-là, comme on disait à Berlin, à l’ouest rien de nouveau.

05 LES DEUX CONSCRITS

Seulement voilà, notre homme s’appelait Ulysse, un prénom qui ne courait pas les rues dans Aboncourt... Les dites rues y étaient rares, mise à part la dénommée 78 qui menait droit vers la ligne Maginot… On se doute que père d'Ulysse ne se nommait pas Laërte, fils du roi d’Ithaque, mais plus simplement Emile. Il travaillait aux Chemins de fer alors que Blanche-Flavie sa femme, tenait la maison, avec leur fille Olga. Ajoutez 300 habitants et quelques mirabelliers autour. Pas besoin d’un drone pour en savoir plus.

La photo date du 15 mars 1939, six mois avant la déclaration de guerre. Ulysse est à gauche, dans l'encadré. A droite, c'est Hubert Houillon, qui deviendra plus tard son beau-frère.

 

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